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Lignes directrices nationales sur le trouble lié à l'usage d’opioïdes

Novembre 2024

Lignes directrices nationales

Ces lignes directrices s’adressent aux fournisseurs de soins de santé, notamment aux médecins, aux infirmières praticiennes, aux pharmaciens, aux psychologues cliniciens, aux travailleurs sociaux, aux formateurs en médecine et aux gestionnaires de cas en soins cliniques, qu’ils aient ou non une expérience spécialisée en traitement des dépendances.

En mars 2018, l’Amérique du Nord était confrontée à une crise croissante des décès liés aux opioïdes, d’abord alimentée par l’augmentation de la disponibilité et de l’utilisation des opioïdes sur ordonnance, puis par une transformation du marché des drogues avec l’apparition du fentanyl fabriqué illicitement. Cette situation constituait une menace importante pour la santé publique. En réponse à cette crise, l’ICRIS a publié les premières lignes directrices nationales canadiennes sur la pratique clinique afin d’aider les cliniciens à prendre des décisions éclairées concernant la prise en charge clinique du trouble lié à l’utilisation d’opioïdes (TUO).

Les recommandations ont été formulées à la lumière des données probantes disponibles sur la priorisation des traitements et des soutiens accessibles aux personnes présentant un TUO. Au cours des six dernières années, des mesures supplémentaires ont été mises en œuvre afin de contribuer à réduire l’ampleur de l’épidémie. En mai 2018, le gouvernement du Canada a réalisé une avancée importante pour améliorer l’accessibilité aux options de traitement en levant les restrictions relatives à la prescription de méthadone. Par conséquent, les exemptions de catégorie accordées en vertu du paragraphe 56(1) de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (LRCDAS) ne sont plus nécessaires pour prescrire, administrer ou fournir de la méthadone, ce qui permet un meilleur accès aux options de traitement du TUO.

La pandémie de COVID-19, qui a débuté en mars 2020, a ensuite été marquée par une augmentation des méfaits liés aux opioïdes à l’échelle nationale, alors que l’accès aux services et aux soutiens essentiels était restreint pendant cette période et que l’approvisionnement en drogues devenait de plus en plus toxique et imprévisible. Selon les données de l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et de diverses autorités partout au pays, les méfaits et les décès liés aux opioïdes ont augmenté de façon importante, et le nombre de décès est demeuré supérieur aux niveaux prépandémiques depuis lors. Pour faire face à ces épidémies qui se renforcent mutuellement, des mesures et des efforts supplémentaires, comme l’élargissement des services de télésanté, ont été mis en œuvre afin de réduire les obstacles et d’assurer un accès continu aux traitements et aux soins pour les personnes présentant un TUO.

Dans un contexte où les pratiques et les politiques évoluent constamment, particulièrement depuis la pandémie de COVID-19, il est essentiel d’examiner et d’intégrer les données probantes scientifiques et cliniques les plus récentes afin d’assurer une prise en charge clinique optimale des personnes présentant un TUO. Ainsi, les présentes lignes directrices nationales de l’ICRIS sur la prise en charge clinique du trouble lié à l’utilisation d’opioïdes doivent être mises à jour régulièrement afin de fournir aux professionnels de la santé au Canada des informations complètes et à jour, ainsi que des recommandations fondées sur les données probantes concernant les pratiques les plus efficaces pour le traitement du TUO.

En accord avec les objectifs du gouvernement du Canada et la mission de l’ICRIS, voici les recommandations cliniques nationales mises à jour en 2024. Ces directives actualisent la version de 2018 et intègrent les travaux de recherche évalués par les pairs publiés entre janvier 2017 et août 2023. Les perspectives cliniques et les savoirs des personnes ayant une expérience vécue et actuelle (PWLLE) ont également été pris en compte dans l’élaboration de ces lignes directrices. Le présent document vise à favoriser un consensus et à soutenir les efforts visant à atteindre les normes nationales de soins les plus élevées pour la prise en charge clinique du TUO.

Traitements par agonistes opioïdes

RECOMMANDATION 1 (MISE À JOUR) : La buprénorphine et la méthadone devraient toutes deux être envisagées comme des options de traitement de première intention standard par agonistes opioïdes (FORTE, ÉLEVÉE)

  • Chez les personnes qui amorcent un traitement par agonistes opioïdes à base de buprénorphine, les cliniciens devraient être conscients du risque accru d’abandon du traitement après le premier mois et proposer d’autres médicaments agonistes opioïdes dans ces circonstances (niveau de certitude élevé des données probantes).
  • Lorsqu’ils envisagent la méthadone, les cliniciens devraient être conscients du risque accru de mortalité au cours du premier mois par rapport au reste de la période de traitement (niveau de certitude modéré des données probantes).

RECOMMANDATION 2 (MISE À JOUR) : Le traitement par agonistes opioïdes à base de morphine orale à libération prolongée devrait être disponible et offert comme option de traitement de deuxième intention. (MODÉRÉE, FORTE)

Stratégies de gestion du sevrage

RECOMMANDATION 3 (AUCUN CHANGEMENT) : La gestion du sevrage seule ne devrait pas être proposée aux patients présentant un trouble lié à l’utilisation d’opioïdes en raison des taux accrus de rechute, de morbidité et de mortalité. Un traitement concomitant à long terme de la dépendance est recommandé. (MODÉRÉE, FORTE)

RECOMMANDATION 4 (AUCUN CHANGEMENT) : Lorsque seule une gestion du sevrage est envisagée, un sevrage progressif et supervisé à l’aide d’un agoniste opioïde devrait être proposé, en fonction des besoins du patient, avec un suivi étroit. Un traitement par agonistes opioïdes devrait être proposé immédiatement si le risque de rechute se manifeste. (MODÉRÉE, FORTE)

RECOMMANDATION 5 (AUCUN CHANGEMENT) : Chez les patients qui répondent favorablement et de façon durable au traitement par agonistes opioïdes et qui souhaitent mettre fin à ce traitement (c.-à-d. cesser de prendre le médicament), les cliniciens devraient envisager une diminution progressive et lente de la dose, en fonction des besoins du patient. Des soins continus en dépendance devraient être envisagés après l’arrêt du traitement par agonistes opioïdes. (MODÉRÉE, FORTE)

Interventions psychosociales et de réduction des méfaits

RECOMMANDATION 6 (MISE À JOUR) : Des traitements, des interventions et des mesures de soutien psychosociaux peuvent être offerts en complément du traitement par agonistes opioïdes afin d’améliorer la rétention en traitement. (MODÉRÉE, FORTE)

RECOMMANDATION 7 (MISE À JOUR) : Le traitement psychosocial ne devrait pas être une composante obligatoire du traitement standard du trouble lié à l’utilisation d’opioïdes et ne devrait pas constituer un obstacle à l’accès au traitement par agonistes opioïdes. (MODÉRÉE, FORTE)

RECOMMANDATION 8 (MISE À JOUR) : Des stratégies de réduction des méfaits devraient être offertes dans le cadre du continuum de soins destiné aux patients présentant un trouble lié à l’utilisation d’opioïdes. (MODÉRÉE, FORTE)

Les données probantes actuelles appuient le recours aux programmes de réduction des méfaits suivants : la distribution de matériel de consommation stérile, la formation sur la prévention des surdoses et l’accès à des trousses de naloxone à emporter.

Considérations particulières (NOUVEAU)

Options de rechange : Chez les patients qui refusent les traitements standards du trouble lié à l’utilisation d’opioïdes ou qui n’en reçoivent pas et qui ont cessé de consommer des opioïdes, la naltrexone par voie orale pourrait être envisagée comme option pharmacologique complémentaire.

Populations particulières : Les personnes enceintes présentant un trouble lié à l’utilisation d’opioïdes qui ne reçoivent pas de traitement devraient être encouragées à commencer un traitement de première intention dès que possible pendant la grossesse.

À propos

JAMC

Un résumé des lignes directrices a été publié dans le Journal de l’Association médicale canadienne (12 novembre 2024)

SUJET

Soins d'urgence

décriminalisation

Réduction des risques

Application de la loi/incarcération

Traitement par agonistes opioïdes

Suivi des prescriptions

Récupération